31 octobre 2026
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Analyse Géopolitique

Sahara occidental : Trente-cinq ans après sa création, la MINURSO a disparu un vendredi soir à New York

Deux projets de résolution, deux rejets, et une mission onusienne qui s’éteint au soir du 31 octobre. Au Conseil de sécurité, le veto russe au texte américain sur le Sahara occidental prive la MINURSO de mandat. Rabat célèbre la fin d’un cycle, Alger dénonce un fait accompli. Qui surveillera désormais le cessez-le-feu ?

31 octobre 2026 • 4 min 883 mots
Sahara occidental : Trente-cinq ans après sa création, la MINURSO a disparu un vendredi soir à New York
Maroc

Vendredi 30 octobre, dans la salle du Conseil de sécurité à New York, le projet de résolution américain S/2026/868 sur le Sahara occidental recueille onze voix. La main levée de Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Russie, suffit pourtant à l’enterrer, tandis que la Chine, le Pakistan et la Somalie s’abstiennent. Quelques minutes plus tard, le texte concurrent rédigé par Moscou ne réunit que trois voix, celles de la Russie, de la Chine et de la Somalie, face à onze abstentions et au vote contre des États-Unis. Bilan : la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), créée en 1991, voit son mandat expirer le 31 octobre sans renouvellement. Pour la première fois en trente-cinq ans, le dossier n’a plus de mission mandatée par le Conseil.

Cette impasse n’a rien d’un accident. Le 31 octobre 2025, la résolution 2797, adoptée par onze voix et trois abstentions (Chine, Pakistan, Russie), avait déjà déplacé le centre de gravité du dossier : elle faisait du plan d’autonomie marocain de 2007 la base des négociations, tout en conservant une référence à l’autodétermination et en commandant une revue stratégique de la mission. Washington a voulu, cette année, aller au bout de cette logique. Son texte rebaptisait la mission « MINUSO », effaçant la lettre R du référendum, présentait l’autonomie sous souveraineté marocaine comme la solution la plus réaliste, prolongeait la présence onusienne jusqu’au 31 octobre 2027, mais mettait fin au volet de maintien de la paix au 30 avril 2027 au profit d’une mission politique spéciale. Il prévoyait aussi un recensement des camps de Tindouf par le HCR.

Moscou a refusé de franchir ce pas. Selon Reuters, Vassili Nebenzia a soutenu que le Conseil ne pouvait pas trancher par avance des questions de souveraineté, et il a parlé d’un « meurtre politique » de la mission. Le contre-projet russe se bornait à une prorogation d’un an, sans changement de nom ni de mandat, et sans mention du plan d’autonomie. Faute d’avoir atteint les neuf voix requises, il est tombé de lui-même : le vote contre des États-Unis, souvent présenté comme un veto, n’était pas nécessaire pour le faire échouer. Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, a imputé l’échec à la seule Russie, tout en appelant, dans son explication de vote, à « essayer quelque chose de nouveau ».

Rabat a choisi de lire ce naufrage comme une victoire. Dans un communiqué publié le 30 octobre, le Cabinet royal a estimé qu’un chapitre de trente-cinq ans venait de se refermer, que le processus onusien était suspendu et que le Maroc restait fermement attaché au cessez-le-feu. Le calcul est limpide. Une mission sans mandat, c’est un dossier qui sort du rituel annuel du Conseil, et un statu quo territorial qui profite à celui qui administre déjà l’essentiel du territoire. Omar Hilale, ambassadeur du Maroc à l’ONU, a d’ailleurs contesté à l’Algérie, en pleine séance, le droit de faire la leçon au Conseil.

En face, la lecture est inverse. Amar Bendjama, représentant permanent de l’Algérie, intervenu comme invité puisque son pays ne siège plus au Conseil en 2026, a dénoncé une tentative d’imposer une conclusion prédéterminée. « Mais qui a donc peur de la démocratie ? », a-t-il lancé, selon Casbah Tribune. Sidi Omar, représentant du Front Polisarioz, a remercié Moscou et assuré que le Front restait engagé dans le processus de paix, à condition de le remettre sur les bons rails. Le paradoxe est cruel : le camp qui défend le référendum applaudit un veto qui prive de mandat la mission chargée, sur le papier, de l’organiser.

Reste la question la plus concrète, et la plus inquiétante. La MINURSO, ce sont 155 militaires et un budget de 62 millions de dollars pour l’exercice ouvert en juin 2026, selon Reuters. Ce dispositif modeste surveille le cessez-le-feu le long du mur de sable et participe au déminage. Sans mandat, la base juridique de ces tâches devient incertaine. Washington promet un retrait « ordonné et stable » et la protection du personnel onusien. La France, par la voix de son représentant permanent Jérôme Bonnafont, a exprimé un « profond regret » et jugé particulièrement préoccupant un arrêt brutal de la mission. Le Royaume-Uni, par celle de Sarah MacIntosh, a parlé d’une immense déception. Personne, en revanche, n’a dit qui constatera demain une violation de la trêve.

L’ironie n’échappe à personne à New York : la mission que Moscou a privée d’avenir est dirigée par un diplomate russe, Alexander Ivanko. Et l’envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, se retrouve sans instrument de terrain pour adosser sa médiation. Quant à António Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre, aucune déclaration de son bureau n’avait été publiée au lendemain du vote. Le vide est donc à la fois juridique, militaire et politique.

Des portes restent entrouvertes. Le site marocain Barlamane évoquait vendredi une prorogation technique de dernière minute, et le centre de réflexion Security Council Report avait envisagé, avant le vote, une prolongation de six mois comme compromis. Aucune de ces pistes n’était confirmée au 31 octobre. Le Sahara occidental quitte peut-être l’agenda du Conseil, il ne quitte pas la rivalité entre Rabat et Alger, qui perd au passage son dernier arbitre international sur le terrain. Moscou, de son côté, vient de rappeler qu’il suffit d’une main levée pour peser sur le Maghreb. Le statu quo a changé de nature : il n’est plus surveillé, il est seulement constaté.

Par Karim Benyahia