9 octobre 2026
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Article Économie

Le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré adopte son projet de budget pour 2027

Au Burkina Faso, le Conseil des ministres a adopté un projet de budget 2027 de 4 839 milliards de francs CFA, qualifié de souverainiste, alors même que le pays continue de recourir massivement aux emprunts régionaux.

9 octobre 2026 • 4 min 875 mots
Le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré adopte son projet de budget pour 2027
Burkina Faso

Jeudi 8 octobre 2026, à Ouagadougou, le Conseil des ministres du Burkina Faso a siégé de 9 heures à 13 h 35 sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, et il en est sorti un budget. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit 4 220,4 milliards de francs CFA de recettes et 4 839,4 milliards de dépenses, selon le compte rendu officiel publié par Wakat Séra. Le même Conseil a créé un championnat de football baptisé « Ligue de la souveraineté ». Le mot est partout. Le site Financial Afrik l’a repris pour qualifier le texte : un budget placé sous le sceau du « souverainisme économique ». La veille, pourtant, le Trésor burkinabè était allé chercher 40 milliards auprès des investisseurs de la région.

Que prévoit le budget 2027 du Burkina Faso ?

Les chiffres d’abord. Le solde budgétaire global ressort à moins 619 milliards de francs CFA, soit 2,9 % du produit intérieur brut (PIB) nominal. Les recettes progresseraient de 491,9 milliards par rapport aux prévisions révisées de 2026, une hausse de 13,2 %. Le texte s’appuie sur les quatre piliers du plan RELANCE 2026-2030 et doit être transmis à l’Assemblée législative du Peuple. Le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, en a donné les priorités, rapportées par Burkina24 : l’agriculture, l’industrialisation, l’équipement des forces armées et les secteurs sociaux de base. S’y ajoutent des allègements fiscaux pour la vente d’œufs, les agences de voyages et les sociétés d’État. Le Conseil a aussi validé une Initiative présidentielle pour la santé : vingt centres médicaux communaux, vingt maternités, quatre blocs opératoires pour l’hôpital militaire et un institut du cœur. Autant d’engagements que le budget devra honorer.

Pourquoi les recettes doivent-elles augmenter de 13,2 % ?

Tout le pari tient dans une ligne, celle des recettes. Le gouvernement estime la croissance à 6,0 % en 2026 et la projette à 5,6 % en 2027, avec une inflation de 0,3 % cette année. Les services en fournissent près de la moitié, 2,7 points, devant le secteur secondaire, 1,9 point, et le secteur primaire, 1,3 point. Autrement dit, l’État compte encaisser 13,2 % de plus quand la richesse nationale, prix compris, augmenterait d’environ 6 %. Les caisses devraient se remplir deux fois plus vite que l’économie. L’ambition a même grandi en cours de route : le 26 juin, le document de programmation budgétaire présenté aux députés tablait, dans son scénario de base, sur 3 924,3 milliards de recettes pour 2027, rappelle Bénin Web TV. Le projet d’octobre en inscrit près de 300 milliards de plus. Aucun détail n’a été publié sur l’origine de ce supplément.

La réponse se devine. Le 26 mai, à l’issue d’une mission conduite par Jaroslaw Wieczorek, les services du Fonds monétaire international (FMI) attribuaient le redressement du pays à trois facteurs : la hausse des cours de l’or, les réformes du secteur minier et la discipline budgétaire. Le déficit était tombé à 1,8 % du PIB en 2025, contre 5,8 % un an plus tôt. Le Fonds recommandait alors une gestion contracyclique des recettes minières : mettre de côté quand le métal est cher. Le budget 2027 fait l’inverse. Il dépense la manne, et un peu plus. Entre la loi de finances rectificative votée le 23 septembre et le projet du 8 octobre, les dépenses augmentent de 624 milliards, soit 14,8 %, et le déficit passe de 486,75 à 619 milliards. Il se creuse de 27 % en valeur, tout en restant sous le plafond de 3 % du PIB fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Qui prête au Burkina Faso, et à quel taux ?

C’est ici que le vocabulaire se heurte à la comptabilité. Un déficit se finance, et celui du Burkina Faso se finance chez les autres. Mercredi 7 octobre, le Trésor a levé 40 milliards de francs CFA sur le marché des titres publics de l’UEMOA, rapporte Le Journal de l’économie sénégalaise. Les investisseurs en proposaient 73,35 milliards, soit un taux de couverture de 183 % : le pays ne manque pas de prêteurs. Mais ils se paient. Le rendement moyen atteint 7,01 % à trois ans, 7,44 % à cinq ans et 7,39 % à sept ans, quand l’inflation est presque nulle. Le Burkina Faso a quitté la CEDEAO en janvier 2025. Il n’a quitté ni l’UEMOA, ni sa banque centrale, ni son marché, et il emprunte en francs CFA, une monnaie dont il partage la gestion avec sept autres États.

Le même Conseil des ministres en a fourni une seconde illustration. Il a approuvé un financement additionnel d’environ 100 millions de dollars, soit 55 milliards de francs CFA, pour le Projet d’urgence de développement territorial et de résilience, payé par le budget de l’État et par l’IDA, le guichet concessionnel de la Banque mondiale. Écoles, canaux d’assainissement, éclairage solaire, aménagements agricoles : la souveraineté de terrain passe encore par Washington. Rien de honteux à cela. Un État enclavé qui équipe son armée, tient son déficit sous 3 % et trouve preneur pour sa dette gère mieux que son discours ne le laisse croire. Mais il ne s’affranchit pas. Il déplace ses dépendances, vers l’épargne régionale et vers l’or.

Souverainisme économique : que change vraiment la sortie de la CEDEAO ?

Reste l’épreuve des faits, et elle a un calendrier. L’Assemblée législative du Peuple doit maintenant examiner le texte. Les projections officielles annoncent elles-mêmes un ralentissement : 5,6 % de croissance en 2027, 5,0 % en 2028. Si l’or recule, les 13,2 % de recettes supplémentaires s’évanouiront avant les 4 839 milliards de dépenses, et l’écart se comblera au guichet de l’UEMOA, à plus de 7 %. Le souverainisme économique du capitaine Traoré repose aujourd’hui sur deux cours qu’Ouagadougou ne fixe pas, celui de l’once et celui de sa propre signature. L’exécution du budget 2027 dira lequel des deux lâche le premier.

Par Tunde Adeyemi