Le communiqué tient en quelques lignes. Lundi 2 novembre 2026, Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, a annoncé que Donald Trump avait notifié au Congrès son intention de retirer le Rwanda et l’Afrique du Sud de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) à compter du 1er janvier 2027. Au terme de l’examen annuel, écrit Jamieson Greer, le président américain a jugé que les deux gouvernements se livrent à des pratiques contraires aux critères d’éligibilité. Créé en 2000, ce programme ouvre un accès préférentiel à plus de 1 800 produits pour plus de trente pays, rappelle Premium Times. Il s’agit d’une intention notifiée, et non d’un retrait immédiat, mais la date figure noir sur blanc.
Les griefs diffèrent, et c’est là tout l’intérêt du texte. Pour Pretoria, griefs exposés dans une lettre de Donald Trump à Cyril Ramaphosa, selon BusinessTech : barrières au commerce et à l’investissement américains, corruption, menaces pour la sécurité nationale et les intérêts de politique étrangère des États-Unis. Pour Kigali : barrières également, État de droit, pluralisme politique, droits des travailleurs, droits humains, et la même menace sécuritaire. Le communiqué ne cite ni le M23 ni l’est de la RDC, note le site XtraAfrica. Le contexte s’en charge : le 28 octobre, le Trésor américain sanctionnait le ministère rwandais de la Défense et l’institution financière Zigama. L’ambassadeur américain à Pretoria, Leo Brent Bozell III, a pour sa part qualifié la décision de prévisible et évitable, selon la BBC, reprise par GBC.
Pour l’Afrique du Sud, le coup porte moins qu’on ne pourrait le croire, du moins sur le papier. C’est le paradoxe que met en avant le ministre du Commerce et de l’Industrie, Parks Tau, cité par BusinessTech : en 2025, environ 89 % des exportations sud-africaines vers les États-Unis sont entrées au tarif ordinaire de l’OMC et à peine 10 % sous AGOA, contre 28 % en 2024. Les ventes sous AGOA sont tombées d’environ 4 à 1,7 milliard de dollars en un an, soit à peu près 1 % des exportations mondiales du pays. En d’autres termes, Washington retire un avantage déjà largement érodé.
Mais une moyenne ne ferme pas une usine. Selon une fiche américaine de 2023 citée par Epoch Times, l’Afrique du Sud était alors le premier fournisseur du programme, avec 3,6 milliards de dollars de véhicules, pièces, fruits, métaux précieux et produits chimiques. Le Bureau for Economic Research prévient que des gains à l’export pris globalement ne compensent pas nécessairement les pertes d’emplois et de revenus.
Du côté de Kigali, l’enjeu est d’une autre nature. Les comptes rendus consultés ne chiffrent pas les exportations rwandaises concernées, et aucune réaction officielle n’y figurait à l’heure où nous écrivons ; Epoch Times dit avoir sollicité le gouvernement sans réponse publiée. Le Rwanda connaît pourtant ce terrain. En 2018, Washington avait déjà restreint ses avantages textiles après la hausse des droits sur les vêtements d’occasion, et Kigali avait préféré perdre la préférence plutôt que céder. La différence est de taille. Le contentieux de 2018 portait sur une filière ; celui de 2026 vise l’État de droit, le pluralisme et les droits humains, autrement dit le fonctionnement même du pouvoir. Notre analyse est que l’effet économique sera sans doute modeste et le coût réputationnel plus lourd, pour un pays qui fait de son attractivité un argument de gouvernance.
L’instrument, lui, n’est pas neuf. Le courtier américain GHY rattache ces critères à l’article 104 de l’AGOA et à l’article 502 du Trade Act de 1974. Ce qui change, c’est l’usage qui en est fait et le moment choisi. Parks Tau juge la décision regrettable et estime que Washington introduit des préoccupations absentes des négociations commerciales ouvertes en 2025, selon la BBC. Elle tombe en outre deux jours avant les élections locales sud-africaines du 4 novembre, et cinq jours après les sanctions contre Kigali. L’AGOA servait de levier commercial ; il s’ajoute désormais à la panoplie de pression diplomatique, aux côtés des sanctions financières. Pour les quelque trente pays du programme, le signal est limpide, et Jamieson Greer le formule en termes de conformité : l’administration travaille à ce que ses partenaires africains prennent les mesures nécessaires pour satisfaire aux critères.
La riposte sud-africaine reste pour l’instant défensive. Cyril Ramaphosa avait déjà invité à se préparer à l’exclusion, rapporte Premium Times, et son ministre du Commerce insiste sur le fait qu’elle ne marque pas la fin du commerce avec les États-Unis. Son ministère ajoute que l’AGOA reste important, sans constituer la totalité de la relation économique. Parks Tau, qui reconnaît l’inquiétude des travailleurs et des exportateurs, trace aussi une limite : en tant que démocratie constitutionnelle souveraine, l’Afrique du Sud continuera d’assumer ses responsabilités constitutionnelles.
Pretoria plaide le poids de la relation : 28,8 milliards de dollars d’échanges bilatéraux en 2025, plus de 600 entreprises américaines implantées et environ 134 600 emplois, selon Parks Tau. L’argument vaut rappel à Washington : la rupture aurait un coût des deux côtés. Mais le ministre a soixante jours pour répondre aux griefs américains, et il a déjà esquissé la suite : « Nous continuerons d’accélérer la diversification des marchés d’exportation de l’Afrique du Sud pour protéger les emplois », a-t-il déclaré, selon la BBC. Reste à voir si ce délai ouvre une négociation ou s’il organise simplement une sortie. Pour les autres bénéficiaires, l’AGOA n’est plus seulement un accord de préférences. C’est un examen annuel dont le jury ne lit plus seulement les chiffres d’exportation.