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LE DÉRAPAGE DU MINISTRE QATARI DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Mohammed Ibn Abderrahmane Al Thani, ministre qatari des affaires étrangères. Mohammed Ibn Abderrahmane Al Thani, ministre qatari des affaires étrangères.

LE MINISTRE SIDIKI KABA RECOIT A 15H(heure de Dakar) L’AMBASSADEUR DES E.A.U À DAKAR, MOHAMED SALEM AL RASHDI.

Mohammed Ibn Abderrahmane Al Thani, ministre qatari des affaires étrangères n’a pas été à la hauteur dans l’interview accordée à « Jeune Afrique ». En effet il a essayé d’insinuer que le Sénégal aurait changé de position dans son appréciation de la crise politique qui secoue le Golfe.

Il se trompe lourdement car le rappel de l’ambassadeur du Sénégal à Doha « pour consultations » dès le début de la crise est un acte diplomatique fort qui ne laisse aucune place au doute. C’est un acte mûrement réfléchi qui indique clairement le soutien de Dakar envers l’Arabie Saoudite et ses alliés dont les Emirats Arabes Unis. Les relations historiques entre Dakar et Riyad transcendent les réalités conjoncturelles y compris les personnalités qui incarnent le pouvoir à un moment donné de l’histoire.

Pour rappel, lors de la première guerre du Golfe, le Sénégal a été l’un des rares pays africains engagé sur le front et qui avait perdu, à la suite d’un accident aérien, plusieurs dizaines de soldats. Le contingent sénégalais était basé à Dahran, en Arabie Saoudite et était commandé par les généraux Mouhamadou Keita et Babacar Gaye(tous les deux deviendront généraux après et commanderont l’armée sénégalaise, avant de prendre leur retraite). Ce sang versé sur la terre bénie où repose le prophète de l’Islam a scellé, à jamais, des relations bilatérales qui étaient déjà excellentes.

Le Sénégal ne marchande pas son soutien à Riyad ; celui-ci est acquis d’emblée. Cela le ministre des A.E du Qatar ne le sait pas ou alors il feint de l’ignorer. Ses propos, selon des sources dignes de foi, ont choqué le président Macky Sall qui avait pris la décision de faire repartir son ambassadeur à Doha, deux mois après, pour donner une chance à la diplomatie dans cette crise qui n’est dans l’intérêt de personne au niveau de la Oumma islamique.

Le chef de l’Etat sénégalais est à la tête d’un pays qui joue un rôle majeur dans la diplomatie mondiale. En effet le Sénégal est président du comité onusien pour la défense des droits inaliénables du peuple palestinien depuis sa création en 1975. Il est le seul pays africain, au sud du Sahara à avoir organisé, à deux reprises, le sommet de l’organisation de la conférence islamique(OCI). Est-il nécessaire de rappeler le rôle de Dakar au sein de la francophonie, de l’UNESCO, de la FAO(toutes organisations dirigées par des sénégalais, chacune pendant plus d’un décennie) ?

Le Qatar manque d’expérience dans ce domaine et c’est pourquoi la sortie de son ministre des AE doit être relativisée. Même s’il faut aussi la dénoncer car il s’agit bien d’un dérapage. La diplomatie sénégalaise est fondée sur des principes et des choix clairs, avec des alliances fortes avec la France, les USA, le Maroc et l’Arabie Saoudite et les pays qui leur sont alliés.

C’est pourquoi la rencontre de ce jour entre le ministre Sidiki Kaba, nouveau patron de la diplomatie sénégalaise et l’ambassadeur des E.A.U à Dakar est un événement important. Il met en exergue les relations particulières entre Dakar et Abu Dhabi et tous les alliés de Riyad.

Une crise est toujours un moment difficile qu’il faut chercher à dépasser. C’est la raison d’être de la diplomatie. L’expertise sénégalaise dans ce domaine est avérée et pourrait servir dans le Golfe.

Date 03/10/2017