16 octobre 2026
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Analyse Économie

Nigeria : l’inflation chute à 14,63 %, mais le plus dur commence

Au Nigeria, l’inflation est tombée à 14,63 % en septembre, contre près de 21 % un an plus tôt. Les étals se détendent, la Banque centrale a déjà taillé son taux directeur de 350 points. Mais l’inflation sous-jacente rebondit et la présidentielle du 16 janvier approche. Une victoire statistique peut-elle survivre à une campagne ?

16 octobre 2026 • 4 min 862 mots
Nigeria : l’inflation chute à 14,63 %, mais le plus dur commence
Nigeria

Jeudi 15 octobre 2026, à Abuja, le Bureau national des statistiques (NBS) du Nigeria a publié le chiffre que le gouvernement espérait : l’inflation est tombée à 14,63 % sur un an en septembre, contre 15,39 % en août et 20,98 % en septembre 2025. C’est la quatrième baisse mensuelle consécutive de l’année, relève le site Nairametrics. Sur un mois, les prix n’ont progressé que de 0,06 %, contre 0,71 % en août. Les prix alimentaires ont même reculé de 1,55 % entre août et septembre. À trois mois de la présidentielle, le gouvernement du président Bola Tinubu tient enfin une statistique à brandir. La Banque centrale du Nigeria (CBN), elle, tient surtout un dilemme.

Ce dilemme, elle l’a en partie créé. Le 22 septembre, lors de sa 307e réunion, le Comité de politique monétaire de la CBN a abaissé son taux directeur de 26,5 % à 23 %, une baisse de 350 points de base, la plus forte de son histoire selon la presse économique nigériane. Le corridor a été resserré, à 50 points au-dessus et 300 points au-dessous du taux directeur, et le coefficient de réserves obligatoires maintenu à 45 % pour les banques commerciales. Le gouverneur, Olayemi Cardoso, a parlé d’une « réinitialisation opérationnelle destinée à renforcer l’efficacité de la politique monétaire ». Traduction : le taux officiel ne transmettait plus rien, puisque le marché interbancaire prêtait déjà autour de 22 %, rappelle Nairametrics. Le comité avait pourtant maintenu son taux à 26,5 % en mai et en juillet, après une première baisse de 50 points en février. Pour les épargnants, l’effet est immédiat : le taux minimum de rémunération de l’épargne, fixé à 30 % du taux directeur, glisse de 7,95 % à 6,90 %.

Le chiffre de septembre semble donner raison à Olayemi Cardoso. Il faut pourtant le lire dans le détail. La baisse est d’abord alimentaire, et donc en partie saisonnière : le NBS l’attribue au recul des prix des céréales, du riz, des œufs, des oignons, de l’huile de palme, des légumes et des tomates, c’est-à-dire à la période des récoltes. L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits agricoles et l’énergie, raconte une autre histoire. Sur un an, elle s’établit à 12,95 %, contre 22,11 % en septembre 2025. Mais sur un mois, elle a grimpé de 1,11 %, après un recul de 0,06 % en août. Rapporté à l’année, un tel rythme mensuel n’a rien d’une désinflation.

La fracture territoriale complète le tableau. L’inflation atteint 15,64 % en ville et 12,46 % à la campagne, et l’écart s’est creusé en septembre : les prix urbains ont accéléré de 0,53 % sur un mois quand les prix ruraux reculaient de 0,89 %. Les zones agricoles profitent de la récolte ; Lagos, Kano ou Port Harcourt paient les services, les loyers et les transports. Or c’est en ville que se forment les opinions et que se joue une large part du vote. Le recul de l’indice global ne garantit pas que les électeurs urbains ressentent un soulagement.

Pour la CBN, la tentation est évidente. Avec un taux directeur à 23 % et une inflation à 14,63 %, le taux réel dépasse huit points, un niveau qui étrangle le crédit aux entreprises. L’économie a progressé de 4,43 % sur un an au deuxième trimestre et les réserves extérieures dépassent 55 milliards de dollars, selon une analyse publiée le 15 octobre par Nairametrics. Le naira s’échangeait à 1 333 nairas pour un dollar le 14 octobre sur le marché officiel. Dans une tribune publiée le même jour par Nairametrics, Deborah Aturu anticipe un recul des rendements des bons du Trésor et des obligations de l’État fédéral, donc un crédit moins cher pour les grandes entreprises, plus lentement pour les PME. Tout plaide, en apparence, pour un nouvel assouplissement. Tout, sauf le calendrier politique.

Car le Nigeria entre dans la saison où l’argent circule le plus vite. Les élections présidentielle et législatives ont été avancées au 16 janvier 2027, au lieu du 20 février. La Commission électorale nationale indépendante (INEC) réclame à elle seule 873,78 milliards de nairas pour le scrutin, contre 313,4 milliards en 2023, soit près de trois fois plus, en plus de 171 milliards pour son fonctionnement en 2026. À ces dépenses publiques s’ajoutent celles des partis et des candidats, qui irriguent les marchés en liquidités. Olayemi Cardoso a pris les devants dès le 23 septembre : « Nous déploierons de manière proactive tous les outils et instruments nécessaires pour éponger tout excès de liquidité », a-t-il promis, selon Nairametrics. La CBN dit avoir modélisé plusieurs scénarios de dépenses électorales.

La promesse est crédible sur le papier, moins dans les faits. Éponger la liquidité en pleine campagne suppose de relever les rendements des bons du Trésor ou de durcir les réserves obligatoires, exactement l’inverse du signal envoyé le 22 septembre. La Banque centrale devra choisir entre la cohérence de son cycle de baisse et la défense de sa crédibilité contre l’inflation. Dans les deux cas, elle s’exposera au soupçon de servir l’agenda électoral : trop accommodante, elle financerait la campagne ; trop restrictive, elle gâcherait la fête du pouvoir sortant.

Les prochains chiffres trancheront. L’inflation d’octobre, attendue à la mi-novembre, dira si la baisse alimentaire résiste à la fin des récoltes et si la poussée de l’inflation sous-jacente se confirme. Celle de décembre ne sera connue qu’autour de la mi-janvier, à la veille du scrutin, trop tard pour changer les perceptions. En un an, le Nigeria a réduit d’environ un tiers son rythme d’inflation. Il lui reste à prouver que cette discipline survit à une élection. Jusqu’ici, la statistique a gagné. La campagne, elle, n’a pas encore commencé à dépenser.

Par Tunde Adeyemi