Samedi 7 novembre 2026, au matin, le Premier ministre mauritanien Mokhtar Ould Djay est monté à la tribune de l’Assemblée nationale pour présenter la déclaration de politique générale de son nouveau gouvernement. Le texte, dont le site Madar a détaillé les grandes lignes, tient en une promesse : contenir la vie chère. Le gouvernement révisera le mécanisme de fixation des prix des carburants liquides et du gaz, maintiendra le plafonnement du blé, du riz, du sucre et de l’huile, et y ajoutera la viande. Le vote de confiance est prévu le lundi 9 novembre. Entre-temps, une question domine les débats : la Mauritanie a-t-elle les moyens de payer la facture qu’elle vient de s’engager à régler ?
Le contexte explique l’urgence. Ce gouvernement est le deuxième formé par Mokhtar Ould Djay. Le 9 octobre, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani avait accepté sa démission avant de le reconduire le jour même, au lendemain de la remise du rapport d’une commission indépendante sur les incendies qui avaient ravagé en août deux postes de la Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC) à Nouakchott, privant de courant plusieurs quartiers de la capitale. Le nouveau cabinet a été annoncé le 10 octobre. À la tribune, le Premier ministre a reconnu que ces incendies n’avaient pas été évités et promis de traiter les problèmes structurels de la SOMELEC, selon Madar.
L’inflation fournit l’autre toile de fond. Selon l’Agence nationale de la statistique et de l’analyse démographique et économique (ANSADE), citée par Madar, la hausse des prix atteignait 9,3 % sur un an en septembre 2026, et 12,5 % pour l’alimentation. Le Premier ministre a situé l’origine du choc dans le conflit déclenché fin février, dont les répercussions sur les cours internationaux ont fait grimper l’indice des prix d’environ 7,3 % entre fin février et fin septembre. Le président Ghazouani a demandé au gouvernement de planifier une crise durable jusqu’à la mi-2027 et de préparer des scénarios au-delà. Pour une économie exposée aux cours mondiaux du blé et de l’énergie, le diagnostic est sans appel.
La réponse retenue est d’abord administrative. Plafonner les prix, réprimer sévèrement les pratiques monopolistiques et la spéculation, coordonner avec la Banque centrale de Mauritanie pour freiner l’inflation : la panoplie est classique. L’ajout de la viande à la liste des produits encadrés est plus audacieux. Dans une économie où l’élevage occupe une place centrale, la mesure touche une filière informelle, dispersée, difficile à contrôler. Le gouvernement promet en parallèle de stabiliser le prix des aliments pour bétail, quitte à les vendre à prix coûtant, et un vaste programme de forages pastoraux. L’intention est cohérente : agir sur le coût de production pour rendre le plafond tenable. Encore faut-il que les contrôleurs suivent jusque dans les marchés de l’intérieur du pays. Le risque est connu : quand le prix administré décroche du coût réel, la marchandise quitte les étals officiels pour les circuits parallèles.
Le second étage est budgétaire, et c’est là que le pari se corse. Le Premier ministre a annoncé une compensation de l’inflation pour les fonctionnaires civils et militaires et les retraités, surtout les plus modestes, sous forme de revalorisations ou d’aides temporaires. Des négociations urgentes s’ouvriront avec les partenaires sociaux sur les salaires conventionnels. L’État prendra temporairement en charge une large part des factures d’eau et d’électricité des ménages à faibles revenus. Ces annonces s’ajoutent à un effort déjà lourd : selon le chef du gouvernement, plus de 80 milliards d’anciennes ouguiyas ont été consacrés en 2026 au soutien des prix des carburants et de l’électricité, et plus de 350 000 ménages ont reçu pour la première fois des transferts monétaires.
Mokhtar Ould Djay dispose d’arguments pour défendre cette générosité. La croissance a dépassé 4 % en moyenne depuis 2019 et la dette publique extérieure est retombée sous 40 % du PIB en 2026, a-t-il affirmé devant les députés. Cette marge, rare dans la région, autorise un soutien temporaire sans dérapage immédiat. Mais la révision du mécanisme des prix à la pompe comporte une ambiguïté. Limiter la transmission des fluctuations internationales aux consommateurs signifie, en pratique, que le budget absorbe les hausses. Si la crise dure jusqu’à la mi-2027, comme le redoute le président, la subvention deviendra structurelle, et la marge budgétaire d’aujourd’hui servira à financer la consommation plutôt que l’investissement.
Le calendrier trahit cette prudence. Certaines mesures s’appliqueront dès le vote de confiance ; les autres seront détaillées lorsque le gouvernement reviendra devant le Parlement fin janvier, selon Madar. Le Premier ministre a par ailleurs lancé une Vision nationale 2060, censée déboucher sur un plan de développement assorti d’indicateurs mesurables. L’horizon lointain contraste avec l’urgence du marché : avant de penser 2060, le gouvernement devra prouver qu’il sait gérer le prochain trimestre. L’opposition, de son côté, a dénoncé un débat de sept heures vingt où chaque député ne dispose que de deux minutes et demie de parole, selon le site Al-Akhbar cité par Madar. Le vote de lundi dira si la majorité présidentielle, emmenée par le parti El Insaf, fait bloc derrière ce programme.
La vraie sanction viendra des étals. Si le plafonnement de la viande tient et si les factures d’électricité baissent réellement d’ici la fin janvier, Mokhtar Ould Djay aura gagné du temps. Sinon, la Mauritanie découvrira qu’une dette faible ne protège pas d’un mécontentement fort.