7 octobre 2026
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Article Économie

Le Sénégal réunit ses créanciers extérieurs et vise un accord de principe en décembre

Le 6 octobre, le Sénégal a réuni pour la première fois ses créanciers extérieurs, en visioconférence et sous la présidence du FMI. Dakar vise un accord de principe sur sa dette d’ici décembre, dans un cadre commun du G20 réputé lent, et en épargnant ses prêteurs en francs CFA.

7 octobre 2026 • 4 min 901 mots
Le Sénégal réunit ses créanciers extérieurs et vise un accord de principe en décembre
Sénégal

Mardi 6 octobre 2026, à midi, heure de Dakar, il n’y a eu ni salon feutré ni poignées de main. La première rencontre entre le Sénégal et l’ensemble de ses créanciers extérieurs sur la dette du pays s’est tenue en visioconférence, sous la présidence des services du Fonds monétaire international (FMI), après inscription préalable auprès d’un cabinet spécialisé, Sodali & Co. Le ministère des Finances avait prévenu dès son communiqué du 30 septembre : aucune information significative non publique ne serait partagée. Une réunion pour se compter, donc, plus que pour négocier. Le pays y a tout de même exposé sa situation économique, son programme de réformes et sa stratégie de traitement de la dette, avant de répondre aux questions de ceux qui lui ont prêté.

Ce rendez-vous clôt une séquence ouverte en 2024, lorsque la découverte d’engagements financiers non déclarés avait conduit le FMI à geler une facilité de 1,8 milliard de dollars. Depuis, la dette publique a été réévaluée à près de 130 % du produit intérieur brut, et la charge d’intérêts est estimée à 2,5 milliards de francs CFA par jour, selon les chiffres repris par le site Senego. Le 1er septembre 2026, Dakar a franchi le pas : un accord a été conclu avec les services du Fonds sur un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars sur trente-six mois, et le gouvernement a lancé le même jour un Plan de traitement de la dette du Sénégal, le PTDS, adossé au cadre commun du G20.

Le pari sénégalais tient en un mot : vitesse. Selon trois sources citées par l’agence Reuters le 6 octobre, le gouvernement vise un accord de principe avec ses créanciers publics et avec les détenteurs de ses obligations d’ici décembre. Trois mois, quand les restructurations de la Zambie et du Ghana avaient pris plus de temps que prévu, rappelle l’agence. Pour y parvenir, Dakar invoque une version « renforcée » du cadre commun : les discussions avec les créanciers officiels et avec le secteur privé seraient menées en parallèle, avec partage d’informations, et non l’une après l’autre comme à Lusaka ou à Accra. La porte-parole du FMI, Julie Kozack, a confirmé le 1er octobre qu’un accord avait été trouvé pour constituer un comité officiel de créanciers. Elle a aussi reconnu qu’aucun calendrier précis n’était arrêté pour l’examen du programme par le conseil d’administration.

C’est là que l’optimisme rencontre la mécanique. Le Fonds ne décaisse pas tant que les créanciers n’ont pas donné d’assurances de financement, et ceux-ci ne s’engagent pas sans connaître le périmètre de l’effort demandé. Or ce périmètre est le point le plus politique du dossier. Le PTDS exclut la dette libellée en francs CFA, c’est-à-dire les titres placés sur le marché régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Le choix se comprend : restructurer ces titres reviendrait à faire porter l’effort aux banques et aux épargnants de la sous-région, et à exporter la crise chez les voisins. Il a pourtant une conséquence arithmétique. Tout l’ajustement doit venir de l’extérieur : de la Chine, premier prêteur bilatéral avec environ 8 % de la dette extérieure, de la France, de l’Inde, du Koweït, de l’Allemagne, du Japon, et des porteurs d’obligations internationales.

Reste un instrument que peu attendaient dans une restructuration. Dans sa présentation, le gouvernement demande une « contribution constructive » aux contreparties de contrats d’échange sur rendement global, les total return swaps, pour 1 000 milliards de francs CFA, soit 1,72 milliard de dollars. Reuters en cite trois : First Abu Dhabi Bank, Africa Finance Corporation et la Société générale. Ces dérivés sont adossés à des titres publics libellés en francs CFA. La dette régionale, écartée du périmètre par la porte, y revient donc par la fenêtre. Ces montages n’ont pratiquement jamais été éprouvés dans un traitement de dette souveraine, relèvent les sources de l’agence. La banque émiratie a refusé de commenter ses relations avec ses clients ; le ministère n’a pas répondu dans l’immédiat. Dakar ouvre un précédent juridique au moment précis où il promet d’aller vite.

Les autorités ont des arguments. Le déficit budgétaire a été ramené de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025, soit un ajustement de sept points en un an. La préférence affichée, selon Radio France Internationale, va à l’allongement des échéances plutôt qu’à une baisse des coupons ou à une suspension des paiements : le Sénégal dit pouvoir payer, à condition qu’on lui laisse du temps. Le message vise à rassurer des investisseurs que le mot de restructuration effraie. Il bute sur une question que le FMI devra trancher dans son analyse de viabilité. Avec une dette à 130 % du PIB et une croissance attendue à 2,7 % en 2026, contre 6,7 % en 2025, repousser les remboursements suffit-il à rendre la trajectoire soutenable ? Si la réponse est non, il faudra toucher au capital ou aux taux, et la négociation changera de nature.

Le président Bassirou Diomaye Faye, qui a rencontré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, le 15 septembre, joue ici davantage qu’un calendrier financier. Les contreparties du programme sont connues des ménages avant d’être écrites : la presse dakaroise évoque déjà la réduction des subventions à l’énergie, l’élargissement de l’assiette fiscale et la fin de certaines exonérations. Un accord en décembre donnerait un sens à ces sacrifices. Un enlisement les rendrait politiquement intenables. Le Sénégal s’est donné trois mois pour prouver qu’un pays peut à la fois protéger son marché régional, solliciter des banques qui l’ont financé par des dérivés et convaincre Pékin, Paris et les fonds obligataires de patienter ensemble. La réunion du 6 octobre n’a rien réglé de cela. Elle a seulement lancé le chronomètre.

Par Tunde Adeyemi